Du sang sur les mains

Pourquoi les morts de la Route sont-ils sans cesse évoqués en France ? Ils ne représentent presque rien en comparaison du nombre d’accidents de la route, 17 fois plus nombreux. Cette année par exemple, votre risque de subir un accident automobile est d’une 1 chance sur 1000 environ. Mais cette probabilité en fait plus proche 1 sur 500, car deux personnes au moins sont presque toujours impliquées dans un accident de la route. Si bien que finalement, à considérer l’étendue de vos relations, la probabilité que vous soyez confronté à cet évènement dans l’année qui vient, de manière directe ou non, est en réalité assez forte. Ce qui est, aussi, tout sauf sans conséquence sociale.

Le coût annuel de ces accidents est en effet d’une importance phénoménale. Il est estimé entre 200000 et 2 millions d’euros par sinistre, selon le type d’accident, sa localisation, les moyens que chacun d’entre eux oblige à mobiliser. À l’échelle de la France, cela revient à parler d’un gâchis de 40 milliards d’euros annuel, l’équivalent du budget annuel de la Défense Nationale, ou bien, 2,2% du PIB du pays. Tous les ans.

40 milliards d’euros ; 2,2% du PIB. Conservez ces données à l’esprit, vous allez comprendre.

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Le 23 août 2019, j’entends le Directeur de la Sécurité Routière, M. Emmanuel Barbe, proclamer sur FranceInfo que « ceux qui cassent les radars ont du sang sur les mains ». Le mouvement des Gilets Jaunes touchait alors à sa fin et Monsieur Barbe se plaignait qu’on ait vandalisé ses nouveaux détecteurs tourelles dernier cri, – 32 000 euros l’unité -, sans qu’il ne précisât le nombre exact de ces exactions d’énervés. On ne put donc savoir s’il parlait alors d’actes isolés sans effets réels, ou bien d’attentats systématiques (…). Et personne, pas un seul média, n’ira jamais lui demander plus de précisions.

Quinze jours plus tard, la Sécurité Routière, qui dépend du Ministère de l’Intérieur, devait par ailleurs (…) annoncer de très mauvais chiffres au titre d’août 2019, + 18% de mortalité. Voyez-vous, il est assuré que cette mortalité additionnelle n’avait pu se produire le 31 août 2019 entre 08h et 18h… On peut au contraire parier qu’au 23 août 2019, M. Barbe, ses services, le Ministère de l’Intérieur, etc., avaient déjà une idée assez précise de ce qu’ils devraient annoncer quinze jours plus tard. Pourtant, à cette date, ce qui sembla à Monsieur Barbe très utile d’évoquer partout, c’était le vandalisme de ses radars dernier cri. Et, surtout, l’absence criminelle de conscience des auteurs de ces actes.

Aucun média n’a fait cette relation. De mon côté, à simplement l’entendre parler à tout va « d’absence de conscience » et de « sang sur les mains », je m’étais à moitié étouffé. La raison ? Très simple : deux ans auparavant, j’avais inventé, développé et implanté ceci :

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TripleA, soit le système de bornes routières anticollision le plus évident, simple, efficace qui se puisse concevoir. Moyennant un simple warning lumineux, ce dispositif avertit automatiquement le conducteur d’un véhicule qu’un autre véhicule vient bientôt à sa rencontre. Et puisque presque personne ne veut mourir en connaissance de cause, la probabilité que ces deux conducteurs soient ensuite désinvoltes, et puis se percutent, devient presque nulle… Un homme avertit en vaut deux, surtout si c’est en avance, au bon moment, au bon endroit. Mieux : en plus d’être coopératif et non répressif, ce système est également bon marché sous tous rapports. Du coup, sans aucune intervention policière, ce dispositif de warnings rustiques est le moyen concret pour s’attaquer sérieusement à la masse désastreuse d’accidents de la route (40 milliards d’euros de gâchis par an en France ; 2,2% du PIB par année) qui se produisent sans cesse un peu partout. Le journal Belge DH, l’un des principaux du pays, en fera d’ailleurs le portait. https://www.dhnet.be/conso/auto-moto/triple-a-des-bornes-pour-sauver-des-vies-5aee1f47cd70c60ea6d279cb .

Ce but louable est d’autant plus à portée de main qu’une paire de bornes coûte à peine 100 euros. Et que, une fois implantées en bord d’une route en 1 heure, elles fonctionnent localement sur batterie et énergie solaires, indéfiniment, de manière autonome, H24 / J7, sans aucune assistance ou maintenance ultérieure. Alors, pour se faire une idée concrète de ce que serait le coût global du système à l’échelle de la France, prenons cette base d’estimation grossière : les 50 000 ronds points existants dans le pays, qui font aussi un nombre établi de points de rencontres de véhicules. À 160 euros le coût de la paire de bornes installées, – main d’œuvre comprise -, sécuriser l’ensemble de ce territoire reviendrait à… 8 millions d’euros. Ce n’est qu’un ordre de grandeur, forcément inférieur au coût réel, qui implique toujours plus de complexités que des multiplications. Mais cette estimation est à comparer aux 40 milliards de gâchis annuels, 5000 fois plus, qui sont dus aux accidents de la route. On est à des années-lumière. D’autant que le système est implanté une fois pour toutes à peu près. Alors que le gâchis de 40 milliards, lui, il se reproduit tous les ans… Car les choses sont également ainsi, si l’on doit donner une échelle plus concrète encore du rapport dépense/bénéfice de cette affaire : à 200 000 euros le coût (bas) d’un accident évité, en France, l’ensemble du dispositif pourrait être positivement amorti après… 40 accidents évités. 40. ! Pas 400, 4000 ou 40.000…

Au 23 août 2019 donc, Monsieur Barbe, le patron de la Sécurité Routière, alors qu’il divaguait sur « l’absence de conscience » et le « sang sur les mains », des vandales de ses coûteux radars high tech, avait-il été informé de l’existence ce dispositif ? Bien entendu ! À ras bord ! Jusqu’à l’Elysée !! Mais alors, qu’est-il advenu de cette affaire ? Ce qu’il arrive toujours en France, au XXIe siècle, à tout ce qui est simple, efficace et surtout inattendu :

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L’histoire est si édifiante qu’elle mérite d’être contée avec tous ses détails. Les détails surtout. Ils enseignent des choses intéressantes, sidérantes parfois, sur la manière qu’ont les Pouvoirs français d’aborder tout ce qui est simple et innovant, et encore une fois inattendu. Car sur la question de : Qui a du sang sur les mains ?, ça décape sec. Quant à Monsieur Barbe, qu’est-il depuis devenu ? Préfet de Police des Bouches-du-Rhône. Une promotion.

Lien court : Bientôt, ici.

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